Discours
officiel, commune de Boudry, 1er août 2006
Mesdames, Messieurs, Il est de tradition en ce jour du 1er août que quelqu’un prenne la parole et évoque quelques hauts faits relatifs au pays, à son passé, à son avenir et qu’il articule ses propos en rappelant les ferments qui ont permis à la Suisse de devenir ce qu’elle est. Je ne faillirai point à cette manière de faire, tout en mettant de côté le Grütli, les trois Suisses et toutes les légendes qui leur sont associées mais en puisant dans l’histoire les grandes lignes forces qui ont traversé les siècles et forgé notre identité. De plus, je me pencherai davantage sur la micro histoire, et en particulier sur celle de Boudry, cette petite ville dont l’existence se perd dans la nuit des temps. Mais là encore, je ne jouerai point à l’historien pointu, ni même à l’archéologue pour relater dans les détails les événements qui nous permettent de dresser l’histoire de ce petit coin de territoire. Et celui-ci joua un rôle évident dans le développement du pays. Ainsi, il y aurait beaucoup de choses à dire si l’on en croit les rapports rédigés ces dernières années suite aux découvertes faites sur le tracé de l’actuelle autoroute. Il en irait de même pour le château. En effet, des études récentes ont montré que celui-ci possède les plus anciens éléments en bois du canton, datés par dendrochronologie, encore en place. Malgré les siècles, ceux-ci sont toujours à l’endroit où ils ont été placés en 1257 pour servir de couverte à la fenêtre du pressoir ! Mais il n’entre donc pas dans mes intentions de prendre des éléments anecdotiques de l’histoire boudrysane et de les discuter ce soir pour montrer comment ce bourg s’est développé. Je voudrais simplement m’attacher à un événement récent et à partir de lui, montrer comment le hasard peut influer sur le cours des choses. Il s’agit simplement de notre Expo 02 dont le souvenir s’estompe déjà dans bien des esprits. Et là, à mes yeux, Boudry a une chance exceptionnelle. En effet, c’est une des seules villes de Suisse qui conserve désormais un vestige de cette dernière exposition nationale qui était vouée par essence à l’éphémère. Neuchâtel aujourd’hui ne possède aucune trace de son extraordinaire arteplage, à l’exception d’un seul pieu qui émerge sur la rive du lac. Pourtant, la ville avait hésité longuement sur l’opportunité de garder le Palais de l’Equilibre, aujourd’hui reconstruit au centre du CERN à Genève. La ville de Boudry peut donc se targuer d’avoir sur son territoire le pavillon de « Biopolis », un des fleurons de cet arteplage de Neuchâtel. Et même si ce pavillon de « Biopolis » a vu sa vocation être détournée de son but premier, il n’est reste pas moins un symbole, un symbole fort qui peut inspirer toute une réflexion philosophique et qui, peut-être, pourrait même devenir emblématique pour la ville de Boudry. Depuis le comte Louis, Boudry a un statut de ville, grâce à une charte de franchises donnée en 1343 et fêtée solennellement il y a quelques années, en 1993, à l’occasion de son 650e anniversaire. Ainsi, au sens historique du terme, Boudry est donc un bourg, une ville, en grec une « polis », soit une cité responsable de son destin et de son évolution. Mais ce qui m’importe encore plus dans le concept « Biopolis », c’est le préfixe « bio », la vie… Biopolis, la cité de la vie… et là, il s’agit d’un manifeste, d’une orientation que l’on pourrait sans aucun doute qualifier de politique… Une orientation qui pourrait devenir emblématique dans la manière de développer, de concevoir l’avenir de Boudry… Aujourd’hui, comme hier, il convient toujours de réfléchir aux aspirations des hommes. Il faut toujours chercher à comprendre ce qu’ils désirent, souhaitent, veulent. Notre société est sans cesse en évolution, en perpétuelle mutation. Malgré cela, elle demeure stable, construite sur des fondements qui se perdent dans la profondeur des siècles. Tout en croyant qu’ils ont beaucoup évolué, les hommes sont restés fidèles à l’essence même de leur propre nature. Ils ne veulent au fond que : vivre en paix, avoir une famille, avoir un bon niveau de vie, ne pas subir d’ingérences extérieures, etc. bref être heureux… Ce sont les vœux profonds de toutes les sociétés humaines. Quelques parallèles historiques peuvent alors être intéressants. En 1291, lorsque le pacte fédéral que l’on célèbre aujourd’hui fut rédigé, les gens de l’époque cherchaient simplement à préserver prioritairement leur liberté, leur droit à vivre selon leurs propres lois, leur droit à la paix. Pour ce faire, ils ont renouvelé une précédente alliance. Ils se sont promis de s’aider mutuellement en cas d’attaques extérieures. Il faut imaginer que l’insécurité du temps exigeait cela… Ils se sont astreints à résoudre leurs propres conflits en admettant le système de l’arbitrage partant du principe qu’un compromis valait toujours mieux qu’une querelle ouverte…Ils se sont mis d’accord sur des fondements de droit pénal pour éviter que ceux qui enfreignaient les lois puissent échapper à la justice… Ces principes demeurent, persistent. Ils sont aujourd’hui ancrés dans nos esprits et font partie de notre quotidien, à tel point même qu’on les oublie parfois tant ils nous sont naturels. Dans notre société helvétique, nous avons tellement pris l’habitude de la démocratie qu’on oublie qu’un tel régime implique, au delà des droits, tout un faisceau d’exigences, d’obligations, de devoirs. Et notre qualité de vie dépend davantage de ces devoirs que de nos droits! Mais à quoi aspire-t-on aujourd’hui ? Vivre en paix ? En Suisse, c’est une chose si naturelle qu’on ne peut pas se rendre compte que la guerre existe ailleurs ! Avoir à manger ? Avoir du travail ? Avoir un logement ? Avoir des loisirs ? Malgré diverses difficultés, notre Etat social met tout en œuvre pour que chacun puisse jouir de ces droits fondamentaux. Mais mon propos va plus loin. Dans la complexité de notre monde actuel, ce qui compte toujours plus, c’est de défendre et conserver les valeurs auxquelles nous croyons et celle qui demeure primordiale, fondamentale, est la notion même de vie, le mystère même de la vie qui anime les pensées les plus profondes de l’homme depuis la nuit des temps. Ce qui nous permet d’aller de l’alpha à l’oméga ! Sur terre, tous les êtres vivants, qu’ils soient plantes, animaux, hommes, ont inscrits dans leurs gènes un instinct de reproduction. C’est ce qu’on pourrait appeler leur part d’immortalité, fondamentale pour assurer la pérennité des espèces. Et c’est ceci que l’on doit garder à l’esprit. Au delà des enveloppes charnelles, mortelles, il y a l’extraordinaire chaîne de la vie, des vies, qui se succèdent sans discontinuité depuis que la terre existe. Et ceci voudrait aussi dire qu’il n’y a pas d’espèces qui pourraient se prévaloir d’une supériorité quelconque, même si notre qualité d’homme nous laisse penser que nous sommes les rois du monde ! Depuis le temps de Cotencher, soit depuis l’époque où l’homme de Neandertal occupait la région, il y a cinquante mille ans, bien des modifications sont survenues. Mais dans le fond, toutes ont été faites pour faciliter la survie de l’homme, l’essor de l’homme pour que celui-ci puisse assurer sa descendance… Avec la révolution néolithique, l’homme a démontré sa capacité à maîtriser les cycles des plantes et à domestiquer certaines espèces d’animaux. En devenant sédentaire, il a commencé à amasser des objets, marquant dès lors toujours plus fortement son emprise sur son environnement. Au gré du temps, par son travail, son inventivité, il a modelé les paysages en fonction de ses besoins. La vigne, par exemple, a dessiné le territoire, déterminé une architecture vernaculaire et sans aucun doute forgé des caractères. Au gré des siècles, l’homme a construit des sociétés dans lesquelles il a toujours cherché à assouvir ses besoins fondamentaux pour assurer sa pérennité. Et aujourd’hui, alors qu’il a conquis la terre entière, qu’il a imposé ses marques au delà de tout, qu’il a soumis l’environnement à sa volonté, il devient urgent de prendre conscience de la notion d’équilibre, la seule qui permet à la vie de perdurer, aux multiples vies de subsister. C’est donc un appel à notre responsabilité que je lance, à savoir d’être capable de créer une société où les équilibres entre nature et humanité pourront subsister, mais surtout être acceptés dans un respect mutuel. Ainsi, au moment où les activités humaines sont en train de modifier les lois naturelles de notre planète, il devient important de réagir et d’agir. Et il ne faut pas attendre que l’ensemble de la terre s’y mette. Il faut commencer à petite échelle. Et là, je reviens à l’idée de « biopolis ». Qu’une cité comme Boudry puisse se montrer exemplaire dans une telle entreprise, tel serait mon vœu ! En sachant tirer parti d’un concept, en l’occurrence celui de « biopolis », Boudry pourrait mettre en place une politique de développement axée sur les équilibres entre les activités humaines et les exigences de la nature. Elle pourrait tenter de faire passer le message qu’elle est cette cité de la vie où toutes les vies sont prises en compte, où la notion d’équilibre et de respect est prépondérante. Boudry, « biopolis » ! Cité multiculturelle, multifonctionnelle ! Que des slogans voient le jour afin que chacun sache que dans cette cité, entre histoire et traditions, entre modernité et innovation, il y a prioritairement une prise en compte des qualités de vie, des vies plurielles. Il faut mettre en avant l’utopie qui caractérisait l’Expo 02. Il faut tenter de la vivre… Grâce au fait qu’un monument ait échappé à la destruction, à l’oubli, que de surcroît il porte un nom évocateur et emblématique, Boudry a tout en mains pour s’autoproclamer cité de la vie, « biopolis » où il fait bon vivre en harmonie totale. Cette harmonie qui devrait prévaloir entre tous les hommes, peu importe leurs origines… Cette harmonie qui devrait s’établir entre les hommes et la nature… au sens large et total ! Le texte de 1291 conserve le souvenir des valeurs pionnières
qui ont pris racine pour le bien-être du pays. Que Boudry rédige
son texte ! Que celui-ci soit emblématique ; qu’il soit
porteur d’espoir ! Que Boudry mette en avant sa volonté d’être
cette « biopolis » ; cette cité où l’homme
enfin, dans l’observation de ses droits et l’acceptation
de ses devoirs, pourra pleinement assumer son humanité dans
le respect total de son environnement. Tel est mon vœu ! Vive
Boudry, vive « Biopolis » ! Et que le concept devienne
réalité ! Et que ce concept se développe, s’étende
et se répande parmi les hommes ! |